Interview de GWENAEL BACHELOT (Autodesk)

Bachelot

Chez Autodesk France, une des personnes clefs que je devais interviewer était Gwenael Bachelot. Il nous décrit son parcours professionnel et son point de vue sur la géomatique actuelle.  Bonne lecture…

Pouvez-vous nous décrire votre métier, vos responsabilités et votre parcours professionnel au sein de l’entreprise Autodesk?
J’ai la responsabilité technique de la gamme géospatiale pour Autodesk France. Cela englobe plusieurs activités :

  • Etre le référent de nos partenaires revendeurs pour leurs questions ou problèmes en avant vente, leur apporter des informations
  • Présenter les solutions Autodesk aux clients avec lesquels Autodesk a une relation directe
  • Représenter Autodesk dans différentes organisations professionnelles sur ce marché (Afigéo, Forum OGC France, …) et évènements d’importance.
  • Gérer notre relation avec les partenaires éditeurs, intégrateurs et développeurs
  • Faire remonter les besoins du marché français à mes collègues qui gèrent l’évolution des produits.

Je suis aussi l’un des « bloggers » Autodesk officiels à écrire dans une langue qui n’est pas l’anglais.
Mon métier quotidien est un mélange de technique, de relation commerciale, de marketing technique et « d’évangéliste technique ». Pour tout dire, c’est passionnant :-)

J’ai une formation informatique et électronique. J’ai beaucoup développé en assembleur, Pascal, C, C++ et Java.
J’ai débuté dans le monde des SIG il y a plus de 10 ans, en intégrant un distributeur de logiciels SIG.
J’ai rejoint Autodesk en 2005, et j’ai découvert les bons côtés de travailler directement chez un éditeur (et non chez un distributeur) : il est beaucoup plus simple  de dialoguer avec les développeurs des produits quand ce sont vos collègues.

Autodesk encourage ce type de relation. Je rencontre régulièrement mes homologues européens ou d’autres régions du monde, et les échanges sont permanents.

La dominante géospatiale est arrivée progressivement ces dernières années chez Autodesk. Map 3D et MapGuide sont deux produits phares du modèle géospatial d’Audodesk. Pouvez-vous nous donner votre avis sur ces produits et sur les éventuelles évolutions qui pourraient être mises en place en 2010?

En fait, Autodesk a une gamme de produit géospatiale depuis 1994, avec la première version d’AutoCAD Map. MapGuide a débuté sa vie chez Autodesk en 1996.
On peut maintenant y ajouter Autodesk Topobase et Autodesk LandXplorer.
Donc, ce domaine n’est pas vraiment nouveau chez Autodesk, d’autant quant on sait que de nombreux utilisateurs d’AutoCAD ou d’AutoCAD LT dessinent des éléments qui ont une connotation géospatiale. Ces utilisateurs font aussi du SIG, même si on les qualifie souvent d’utilisateurs CAO.

Pour revenir sur Map 3D et MapGuide, ces deux produits ont beaucoup évolué ces dernières années :

  • AutoCAD Map 3D, sur l’accès natif à différents formats de données SIG et sur l’analyse spatiale, tout en conservant 100% des fonctionnalités AutoCAD.
  • MapGuide a lui été complètement réécrit, et c’est un tout nouveau logiciel qui a été rendue disponible en 2006. C’est ce nouveau logiciel qui a été versé à l’OSGeo au début du projet MapGuide Open Source (fin 2005 – début 2006).

Pour ce qui est des évolutions de ces produits, la règle chez Autodesk est de pas communiquer sur les produits avant qu’ils ne soient disponibles. Je ne peux donc pas m’exprimer sur le sujet. Disons juste, sans trahir la règle, qu’il y aura des évolutions :-)

Pour MapGuide, les choses sont cependant différentes : il suffit de suivre les discussions publiques des développeurs MapGuide Open Source (parmi lesquels on trouve de nombreux salariés Autodesk) pour savoir ce qui est prévu. La roadmap de MapGuide Open Source est, par définition, publique.

On a pu constater des évolutions notables sur Map 3D et MapGuide, tant en terme de richesses des fonctionnalités que de rapidité dans la diffusion de l’information géographique. Pouvez-vous nous décrire votre manière à vous de les utiliser au quotidien ?

Je ne suis pas vraiment un utilisateur classique : je pousse les produits dans certains domaines, et utilise assez peu d’autres fonctions. Par exemple, j’utilise assez peu les fonctionnalités purement AutoCAD présentes dans AutoCAD Map 3D, et je me concentre sur les fonctionnalités purement géospatiales.
FDO, qui permet la connexion native à différents formats,  a ma préférence. Il est bluffant de constater qu’on oublie rapidement le format dans lequel les données sont stockées. Qu’il s’agisse d’Oracle Spatial, d’ArcSDE, de SQL Server, PostGIS, de services WMS/WFS ou encore de fichiers SHP, Map 3D et MapGuide y accèdent nativement, en lecture et en écriture.

J’avoue que j’apprécie toujours autant la réaction des utilisateurs qui découvrent qu’ils peuvent modifier les données SIG avec leurs outils AutoCAD, sans formation spécifique.
Nombre de ces fonctionnalités sont présentes dans AutoCAD Map 3D depuis plusieurs versions et sont inconnues des utilisateurs… bref, nous avons encore du travail !

Enfin, MapGuide est un produit formidable. Il est à la fois possible de créer un site web cartographique sans aucun développement, et l’API disponible est très riche et permet d’aller très loin. Je suis pour ma part bluffé quand je vois ce que nos partenaires (comme Geomap, Ares, Neotic, GFI, …) construisent sur MapGuide. Et, je crois que nous n’avons pas encore tout vu !

Mon passé de développeur me rattrape régulièrement, et je mets de temps en temps les doigts dans les API des produits. Je regrette d’ailleurs de manquer de temps pour m’y consacrer plus. L’API Geospatial, commune à Map et MapGuide, et qui permet de mutualiser du code entre les deux plate formes (bureautique et web) est très intéressante.

Quel est votre sentiment sur le partenariat spatial entre Autodesk et l’Open Source ?

Plusieurs mots sur ce partenariat : indispensable, contemporain, réussite, et avenir.

Indispensable, parce que je pense que c’est la bonne manière de faire avancer des projets comme FDO, CS Map et MapGuide. Bien entendu, Autodesk aurait pu développer ces projets en mode propriétaire (comme nous le faisons pour d’autres produits), mais c’est pour ces trois projets une très bonne manière d’avancer plus vite, grâce à l’intégration de nos développeurs dans la communauté. Je donne souvent comme exemple des échanges publics d’emails entre un des meilleurs architectes logiciels d’Autodesk (le papa de FDO) et un étudiant européen, pour discuter la meilleure architecture pour une évolution. La discussion a clairement fait évolué la position de l’architecte Autodesk.

Contemporain, parce que l’Open Source est un moyen contemporain de faire du logiciel Open Source. C’est novateur dans notre milieu d’un éditeur comme Autodesk s’y implique, mais c’est tout simplement normal pour beaucoup d’autres domaines de l’informatique.
La démarche d’Autodesk peut tout à fait être comparée avec celle de Sun Microsystem pour Open Office, ou d’IBM pour Eclipse. Je suis d’ailleurs surpris que cette démarche soit toujours unique. J’espère que d’autres éditeurs rejoindront Autodesk, en s’impliquant aussi dans des communautés, et pas seulement en utilisant des logiciels produits par ces communautés.

Réussite, parce qu’avec plus de 180 000 téléchargements pour les projets supportés par Autodesk, des développeurs qui ne sont plus seulement des salariés Autodesk, et une gamme commerciale supportée par Autodesk, le modèle mis en place est un succès.

Enfin, avenir, parce que nous ne sommes sans doute qu’au début. Les communautés autour de MapGuide et de FDO sont de plus en plus fortes, les mécanismes propres au monde Open Source sont clairement intégrés par les équipes de développement Autodesk et les échanges sur les futurs développements sont de bonne augure.

Autodesk n’est pas leader sur le marché SIG. Comment Autodesk se place-t-il sur ce marché ?

Il est vrai qu’Autodesk n’est pas présent uniquement sur le marché du SIG, et qu’on nous identifie plus comme l’un des acteurs majeurs de la CAO.
Et nous constatons de plus en plus que le SIG n’est plus un élément indépendant, qui vivrait en autarcie. De plus en plus que la sphère géospatiale a besoin d’échanger des données avec les architectes, les services techniques, les géomètres, les bureaux d’études et même avec les spécialistes du monde de l’animation 3D (experts de 3DS Max ou de Maya). C’est exactement le positionnement d’Autodesk : fournir une passerelle 2D et 3D entre ces différents mondes.

Evidemment, les produits comme AutoCAD Map ou Mapguide fournissent des fonctionnalités SIG pures, tout en facilitant l’intégration de données diverses.


Quel est votre pronostic sur l’évolution de la géomatique dans les années à venir ?

Les frontières entre le SIG et les autres domaines devraient être de plus en plus ouvertes.

D’une manière générale, les évolutions de l’informatique « classique » devraient toucher aussi la géomatique. Ainsi, pour le « cloud computing » : Autodesk fait plusieurs expérimentations dans ce domaine, notamment via Autodesk Labs. On voit des projets comme  Twitch et surtout Butterfly, qui permet des modifications en ligne avec un accrochage objet proche de celui d’un outil de CAO. On peut s’attendre à voir apparaitre des capacités d’analyses sur ce même type d’architecture.

Un point auquel je crois particulièrement : l’acquisition de données LiDAR devrait se démocratiser, et être une source de données omniprésente. Ce type d’acquisition a comme caractérisque de fournir un volume très important de données. Autodesk a déjà investit pour supporter de telles données. En mélangeant ce type de données avec des reconnaissances de formes 3D, on peut imaginer de nombreuses applications.

Enfin, je ne peux oublier la 3D. On parle de plus en plus de SIG 3D, et le point précédent (les données LiDAR) ne fera que faciliter ce type d’usages.



One Response to “Interview de GWENAEL BACHELOT (Autodesk)”

  1. Bruno dit :

    Merci à tous les deux!

    Bruno

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